Dans le territoire de Luilu, au cœur de la province de Lomami, des manœuvres foncières aux conséquences potentiellement graves se déroulent loin des projecteurs. La Société d’Élevage au Congo (SEC Kambaye), partenaire stratégique de la Société Minière de Bakwanga (MIBA), fait face à des agissements attribués à l’un de ses partenaires, la société MEL SALEM, soupçonnée de dérives allant bien au-delà du cadre contractuel qui la lie à son bailleur.
Occupation frauduleuse : d’abord Kasekeyi, puis Lota ciblées
Les premières alertes concernent l‘occupation illégale d’une portion de la concession de la SEC Kambaye dénommée Kasekeyi, située entre les villages Kanyiki Bakwa Bowa et Kanyiki Kapangu. Selon plusieurs témoignages concordants, MEL SALEM y aurait introduit son bétail sans aucune autorisation, accompagnant cette occupation de pressions et de menaces à l’encontre des occupants légitimes. Plus préoccupant encore, ces pratiques s’étendraient également à certaines portions de la concession de la SEC Kambaye, laissant apparaître une stratégie progressive et frauduleuse de spoliation des terres appartenant à la SEC.
La section de Lota dans le viseur
La section de Lota constitue aujourd’hui l’épicentre de cette affaire. Sur le plan juridique, il convient de le souligner avec clarté : la SEC n’est pas en conflit avec MEL SALEM. Les deux entités sont liées par un partenariat contractuel, MEL SALEM louant une petite portion de terre bien délimitée, sur laquelle elle a installé un nombre limité de têtes de bétail. Cependant, selon plusieurs sources locales, MEL SALEM chercherait à s’approprier progressivement l’ensemble de la section de Lota, en violation flagrante des termes du contrat.
Kraal 3, Kaniana et Kaniki : une manœuvre qui attise les tensions
Une autre situation explosive se développe aux abords du village de Kaniana. Selon l’enquête, MEL SALEM tenterait de s’approprier les espaces du Kraal 3, situé à proximité immédiate de Kaniana, mais relevant historiquement et coutumièrement du village de Kaniki. Cette tentative d’annexion frauduleuse est à l’origine d’un conflit latent entre les populations de Kaniki et de Kaniana, mettant en péril la cohabitation pacifique entre ces deux communautés.
Contournement du bailleur et négociations parallèles
Alors qu’un compromis clair avait été trouvé avec la SEC/MIBA, limitant l’exploitation de MEL SALEM à des espaces précis, notamment le Kraal 4, l’entreprise aurait engagé des négociations parallèles et informelles avec certains groupes locaux, notamment vers Kaniana, en contournant volontairement l’autorité de son bailleur légal. Ces pratiques constituent une violation manifeste de l’esprit et de la lettre du partenariat conclu avec la SEC/MIBA.
Une société accusée de semer le trouble et d’exploiter les populations vulnérables
Au fil des témoignages recueillis, un constat récurrent s’impose : MEL SALEM est perçue par de nombreuses sources locales comme une coquille vide, sans véritable capacité économique ni projet structurant, mais cherchant à tirer profit de la vulnérabilité des populations riveraines. Selon plusieurs habitants interrogés, l’entreprise recruterait des citoyens locaux dans des conditions jugées précaires, leur imposant un salaire mensuel d’environ 60 000 francs congolais, largement en deçà du minimum vital, pour des tâches liées à l’élevage et à la surveillance des sites occupés.
Vers une résiliation du contrat ?
Face à la gravité des faits dénoncés, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler la SEC/MIBA à prendre ses responsabilités, notamment par la résiliation du contrat de location liant l’entreprise à MEL SALEM, afin de préserver la paix sociale et l’intégrité de ses concessions. Au-delà de ce cas précis, cette affaire constitue un test majeur pour l’État de droit, la sécurité juridique des investissements publics et la cohésion communautaire en milieu rural.
BLAISE-PASCAL BONDUKU